
Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. (Albert Camus « Retour à Tipasa »)
Difficile de formuler des vœux en ce début d’année 2026 : non qu’on n’ai envie de sacrifier à cette tradition qui même convenue reste fondamentalement fraternelle et qui accompagne le passage du solstice d’hiver ; mais il est si difficile d’y croire au regard des événements qui se succèdent. En bref, le cœur n’y est pas. On peut bien sûr s’en sortir en appelant à l’optimisme de la volonté contre le pessimisme de la raison, ou en rappelant qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ou de réussir pour persévérer, ou encore que « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ». Ce qui est finalement le sens de ce Sol Invictus, célébration romaine qui a servi de matrice tout autant à la fête de Noël qu’aux célébrations du Nouvel an, et que nous avons retenu pour nommer le séminaire annuel de notre CA en janvier. Rappeler ce signe d’espérance du jour qui commence à regagner sur la nuit est certes utile mais peut-être insuffisant.
Nous avons essayé de qualifier le moment que nous vivons lors de cette rencontre annuelle. Un tsunami qui entraine sidération et abattement. Ou encore un moment apocalyptique : au sens commun de moment catastrophique, de fin du monde, celui dont l’horloge de l’apocalypse mesure depuis 1947 le temps qui nous en rapproche ; mais aussi au sens étymologique de révélation, celui que lui donne après d’autres René Girard notamment dans « Achever Clausewitz ».
Comment échapper à la sidération qui peut à la fois paralyser et conduire à des réactions non réfléchies accentuant la montée aux extrêmes à laquelle les « maîtres du chaos » qui prétendent mener le monde à sa fin semblent vouloir nous entraîner ? Comment éviter que pouvoirs et puissances ne soient saisis par l’hubris, la démesure, dont nous savons depuis les grecs qu’elle menace l’humanité des châtiments de Némésis ? Comment faire entendre notre petite voix pour essayer de dégager d’autres voies, face aux grondements, aux bruits et aux fureurs du temps ? Comment contribuer à fédérer les énergies positives de toutes celles et tous ceux qui veulent promouvoir ce nouvel humanisme que nous avons essayer de dessiner lors de notre Université d’été ? Comment faire vivre, rendre concrète pour tous et pour chacun, dans le quotidien et dans les politiques publiques nationales et européennes, cette valeur de fraternité inscrite aux frontons de nos mairies, au moment notamment où nous allons renouveler les conseils chargés de cette démocratie municipales ? Comment faire vivre cette fraternité universelle que nous célébrerons le 4 février, contre ceux qui, dans un repli identitaire, voudraient la réserver à leurs seuls proches ou semblables ?
Des vœux en forme de questions donc et qu’on pourrait largement prolonger. Pourquoi pas ? Pour terminer par une dernière question qui a donné son nom à un bateau et à travers lui à un défi comme tous ceux que nous avons à relever : Pourquoi pas ?
Paris Croulebarbe, le 27 janvier 2026.
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