Leplusimportant, Sur le fil

#Leplusimportant : Développer les capabilités humaines pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui

Dans la perspective de l’Assemblée générale de l’association #Leplusimportant qui a lieu le 5 novembre et dont on m’a demandé de reprendre la présidence après Florian Forestier et Mathias Dufour, je me suis essayé à formuler la « raison d’être » de ce Laboratoire d’idée et d’action (Think tank et Action Lab).

#Leplusimportant : Développer les capacités humaines pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui

Fondé en 2017, #Leplusimportant est un laboratoire d’idées (think tank) et d’actions (action lab) indépendant, qui rassemble une communauté engagée d’experts et de professionnels bénévoles de tous âges et de tous horizons avec une règle : « 20 % de diagnostic, 80 % de propositions », directement applicables par les pouvoirs publics et/ou les acteurs de la société civile, en France et à l’international.

Pour des raisons de lisibilité, je propose que nous nous dotions d’une signature (baseline) qui résume notre conviction, ou plutôt notre raison d’être et qui pourrait s’inspirer de la phrase suivante : « Développer les capabilités humaines (ou le pouvoir d’agir) pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui. ». Ce pourrait être une des premières tâches du futur conseil d’administration en même temps que de valider les axes stratégiques de l’association et de vérifier la cohérence et la faisabilité des différents chantiers en cours ou futurs de l’association, dans un contexte qui a considérablement évolué depuis dix ans.

Pourquoi les capabilités humaines ?

Notre approche s’inspire notamment des travaux d’Amartya Sen : la richesse produite et la croissance ne constituent pas une fin en elles-mêmes la véritable mesure du développement réside dans l’ensemble des libertés réelles dont dispose chaque personne et qui lui donnent un « pouvoir d’agir », individuellement et collectivement les individus. De ce point de vue, être pauvre, ce n’est pas seulement manquer de revenus : c’est être privé de la liberté réelle d’accéder au savoir, à la santé, à un travail digne, et à la participation à la vie collective.

Cette grille de lecture vise aussi à transformer l’action publique : il ne s’agit plus de compenser a posteriori les manques, mais d’investir dans ce que chacun peut réellement devenir. C’est le sens de l’ « investissement social » sujet transversal de nos travaux. La société n’est solide que si chacun a les moyens d’agir, y compris — et notamment — les plus vulnérables.

Les défis d’aujourd’hui en particulier la révolution numérique et l’intelligence artificielle, mais aussi l’urgence écologique et les mutations du travail qu’elles entraînent, rendent cette approche plus nécessaire que jamais : plutôt que de subir ces évolutions, nos sociétés et les citoyens qui les composent doivent disposer d’un pouvoir d’agir suffisant pour les affronter. Cela s’applique aux chantiers historiques de l’association, qu’il faudra peut-être relancer pour certains d’entre eux, mais aussi aux nouveaux chantiers qui ont été engagés ces dernières années. Cela s’applique donc aux différents thèmes développés par l’association depuis sa création et qui devront être redéfinis en fonction de l’évolution des sujets.

  1. Numérique et IA : des outils au service du pouvoir d’agir.

Comme la langue d’Esope, le numérique peut être la pire ou la meilleure des choses : il peut élargir ou restreindre les libertés réelles ; ses usages ne doivent ni trier ni exclure mais contribuer à l’émancipation des personnes. Sa régulation doit au moins autant favoriser les usages émancipateurs qu’en prévenir les dérives. Cela passe par :

  • Mettre l’IA et le numérique au service du développement des compétences et des libertés, en particulier dans les services publics (par exemple reconnaître les acquis via les badges numériques).
  • Réguler pour établir la confiance et développer une République numérique (éthique, transparence, protection des données, souveraineté et autonomie stratégique numérique européenne, droits numériques et neuro-droits, intégrité de l’information, médiation numérique).
  • Relever les défis sociaux de l’économie numérique : lutte contre l’illectronisme et alphabétisation numérique des publics fragiles, protection des travailleurs de plateforme sont des sujets sur lesquels l’association a investi, au niveau national et européen. Cette démarche devra être reprise à la lumière des enjeux de l’IA.
  1. Transition écologique : une liberté à conquérir ensemble

La transition écologique peut être pensée comme un élargissement des capabilités, et non comme une contrainte subie, que ce soit au niveau national, européen ou international : tel est l’enjeu de notre démarche. Cela passe, par exemple par :

  • Décarboner sans exclure en traitant la précarité énergétique comme une privation de capabilité et de liberté, et non comme un simple enjeu de revenus.
  • Faire de la transition un gisement de compétences pour les jeunes peu qualifiés et les personnes en reconversion.
  1. Le travail, source d’émancipation

Le travail n’est pas qu’une source de revenu : c’est un lieu de reconnaissance, d’apprentissage et de participation sociale. Nos chantiers continueront à :

  • Anticiper les mutations du travail par la formation tout au long de la vie, condition de la capacité de chacun d’être acteur de son propre projet.
  • Réduire les inégalités d’accès à l’emploi, traduction politique de l’égalité des capabilités.
  • Réorienter les politiques publiques vers l’investissement social en développant les capacités des jeunes et des publics en risque de déqualification, plutôt que réparer après coup.

 

Redonner du pouvoir d’agir collectif et individuel

Nous pensons que le progrès se mesure à l’augmentation des libertés réelles — pas seulement à la croissance. C’est une autre conception de la richesse que nous voulons promouvoir, concrètement. Une autre conception d’un progrès qui ne soit pas fasciné par la technique sans être pour autant technophobe. Un numérique inclusif et libérateur, une transition écologique créatrice de compétences, un travail qui émancipe : ces trois objectifs ne font qu’un. Nous invitons experts, entreprises, acteurs de la société civile, décideurs publics, partenaires et citoyens à rejoindre ce travail collectif, pour des propositions concrètes, évaluables et directement actionnables — parce que le plus important c’est ce que nous sommes réellement libres de devenir et d’accomplir.

 

Paris, Croulebarbe, le 4 novembre 2026

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