Je veux saluer ici le travail remarquable effectué par l’AJMF-Paris (Amitié Judéo Musulmane de France-Paris) avec l‘enquête qu’elle a réalisée sur l’antisémitisme et l’islamophobie. Un acte courageux en ces temps d’hystérisation des débats sur ces sujets. Oui, l’antisémitisme augmente notamment après le 7 octobre 2023. Et oui, l’islamophobie augmente aussi, d’une certaine façon pour des raisons symétriquement inversées, comme dans un miroir.
Islamophobie, le terme continue à faire débat. Encore récemment, dans un poste que j’ai rerouté sur le groupe que j’anime sur Facebook Laïcité, j’écris ton nom, Stéphane Rozés critiquait son usage dans le titre d’un livre du Grand Orient de France, considérant que ce terme a été inventé par les islamistes pour attaquer ceux qui les critiquent. C’était d’ailleurs, avant qu’il ne soit dissous, le sens de l’action du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) qui m’avait attaqué moi-même ; et c’était clairement une erreur pour Coexister comme pour l’Observatoire de la laïcité de s’être associés à une manifestation contre l’islamophobie avec eux. Tout le monde peut faire des erreurs : le reconnaître à l’époque eut évité bien des malentendus et polémiques ensuite.
A contrario, il est faux de dire que ce terme a été inventé par les islamistes, puisqu’on le trouve dès le début du 20ème siècle. Comme Ghaleb Bencheikh l’a indiqué lors de la conférence de présentation du rapport le 28 janvier à l’Hotel de ville de Paris, j’aurais aimé moi aussi trouver un meilleur terme. Pour moi et pour ceux qui l’utilisent avec moi il désigne ce que d’aucuns appellent d’un terme encore moins adapté, le « racisme antimusulman » : en effet l’islam n’est pas une ethnie et la discrimination vis à vis des personnes de culture ou de confession musulmane, est, comme pour l’antisémitisme, bien plus large que son fondement religieux. Cela n’interdit pas pour autant la dénonciation de l’islamisme, comme cherchait à l’imposer le CCIF, ni même la critique de l’islam en tant que tel, et non seulement ses dérives, ni d’ailleurs le dénigrement et la caricature de cette religion comme des autres. Pas plus que la lutte contre l’antisémitisme n’interdit la dénonciation du sionisme expansionniste de Netanyahou et de ses soutiens orthodoxes et ses tentations génocidaires.
« Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde » disait Camus. Mais il y a pire que mal nommer, c’est de ne pas nommer du tout. Au risque non seulement « de ne pas dire ce que l’on voit », mais même de « ne pas voir ce que l’on voit », comme aurait dit Péguy cette fois-ci. C’est pour cela que les novlangues interdisent, comme l’a fait Trump depuis son retour au pouvoir, l’usage de certains mots. Or, aussi critiquable soit le terme d’islamophobie, la réalité qu’il vise existe bien comme le montre l’enquête de l’AJMF : ce sont, comme pour l’antisémitisme, des agressions verbales ou physiques, des dégradations de lieux de culte, et meêm, des assassinats. comme ce fut le cas, récemment, d’Aboubakar Cissé à La Grand Combe dans le Gard.
Pour moi, qu’on le veuille ou non, le terme « islamophobie » a fini par s’imposer comme s’est imposé au début du 20èle siècle le terme « antisémitisme », qui a bien l’analyser n’est pas exempt d’ambiguïtés non plus. Aussi, sauf à ce que ceux qui le critiquent trouvent un meilleur mot pour désigner le fait social qu’il désigne, le combat n’est plus pour moi sur son usage mais sur son contenu.
Paris, Hôtel de ville, le 28 janvier 2026 (mis au point en février)
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