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Les oubli(é)s du Covid

Hier c’était le 6ème anniversaire de « mon Covid » qui s’est déclaré le soir du deuxième jour du premier confinement. Depuis bientôt six ans donc, je souffre de ce qu’il est désormais convenu un Covid long. Je ne dis pas cela pour me plaindre : d’une part j’ai eu la chance grâce au privilège de mes nombreux contacts dans le monde médical de ne connaître « que neuf mois » d’errance médicale, puisque celui-ci a pu être diagnostiqué sous le terme de « syndrome dysexécutif post Covid » dès le mois de janvier 2021 suite à un bilan complet qui m’avait été prescrit par mon médecin traitant, le Dr Martine Gayraud, à l’IMM (à l’époque l’Institut mutualiste Montsouris ») et j’ai pu être pris en charge pour cela à peine un an après l’infection ; d’autre part je ne souffre que d’une forme « légère » de Covid long au regard de nombre de personnes touchées, souvent plus jeunes, avec des symptômes principalement neurologiques, des pertes de mémoires, de la fatigue chronique et au dessus de tout cela ce « brouillard mental » qui a fait l’objet d’une excellente émission sur France Inter la semaine dernière, s’appuyant sur le dernier numéro de « Cerveau & Psycho ». Il n’empêche, ces symptômes ont considérablement marqué ma vie avec une forme d’isolement, une difficulté à tenir mes engagements et des risques dépressifs.

Si j’en parle c’est parce que tout se passe comme si la plupart des responsables politiques et administratifs, et peut-être derrière eux la société française, avaient voulu jeter un voile pudique sur les séquelles sanitaires et sociales du Covid, dont le Covid long n’est qu’une des manifestations. On peut notamment signaler la dégradation de la santé mentale chez les jeunes avec ses conséquences en termes de pensées suicidaires et de tentatives de suicides. Pour ce qui concerne le Covid long sa prise en charge n’est toujours pas organisée, malgré le travail effectué par le Dr Dominique Martin à la demande du gouvernement et ceux de la commission Covid long de la Haute autorité de santé (HAS), sans parler de l’avis du Comité de Veille et d’Anticipation des Risques Sanitaires (Covars) dès novembre 2023.

Illustration, l’assurance maladie n’a pas cherché à mesurer l’impact de ces différentes séquelles sociales dans l’augmentation des arrêts de travail ; elle n’a pas donné non plus de consignes pour la reconnaissance du Covid long comme Affection de longue durée (ALD). On dira qu’elle a assumé le coût de la crise Covid et son « quoiqu’il en coûte » et tant mieux : c’est vrai mais il faut aussi rappeler que, contrairement à celle de l’Etat, la dette Covid de la sécu sera remboursée puisqu’elle a été transféré à la Cades. C’est normal mais ce n’est pas une raison pour ne pas assumer les coût des effets différés de cette crise sanitaire qu’on voudrait peut-être oublier.

Paris, Croulebrabe, le 19 mars 2026.

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