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Leçon d’histoire à l’usage des hauts fonctionnaires d’aujourd’hui (à propos de la pièce « Jouer l’archive »)

« Jouer l’archive » c’est le titre d’une pièce immersive créée il y a six ans par des élèves du Conservatoire national supérieur d’art dramatique sur une mise en scène de Keti Irubetagoyena et qui a depuis été jouée d’abord dans des établissements scolaires et de plus en plus dans des administrations ; le 7 octobre dernier c’était devant des membres de l’inspection générale des affaires sociales à l’initiative de leur amicale.

« Jouer l’archive », mais quelle archive ? Celle, cotée F/60/490 aux Archives nationales, de la réunion interministérielle du 16 décembre 1940 consacrée à l’application de la loi du 3 octobre précédent, première loi pétainiste antijuive ; la loi portant « statut des juifs », dont le principal objet était de les exclure de la fonction publique et dont furent victimes, entre autres exemples, Marc Bloch ou Simone Weil. Une interministérielle dont l’historien Marc-Olivier Baruch a retrouvé le verbatim complet alors que ces réunions, créées par Léon Blum quatre ans auparavant quand il était président du Conseil, ne font normalement l’objet que d’un relevé de décisions.

Une réunion de hauts fonctionnaires représentant chacun un ministère et qui avaient donc fait allégeance au Maréchal Pétain, mais qui, pour la plupart, poursuivront leur carrière après la Libération, comme le représentant du ministère de la Justice, le futur conseiller d’Etat Jean Delvolvé qui a marqué de son empreinte la jurisprudence administrative. Les spectateurs sont autour de la table, aux côtés de cette brochette de technocrates de l’époque, qui, comme ceux de la conférence de Wannsee qui organisa en janvier 1942 la solution finale, ne s’encombrent pas de préoccupations éthiques ou humanitaires mais s’efforcent de mettre en œuvre de la façon la plus efficace qui soit la loi promulguée. Et de se plaindre des difficultés d’application lié au caractère imprécis de cette loi, sans se rendre compte que le problème ce n’est pas la mauvaise rédaction du texte, mais d’avoir voulu donner une définition juridique du « juif ». Comme ce serait le cas pour toute forme de discrimination. Une pièce glaçante qui résonne avec ce à quoi pourraient être confrontés les hauts fonctionnaires d’aujourd’hui si, par malheur, ils devaient être conduits à préciser ce qu’est la population d’origine immigrée pour pouvoir appliquer les principes de la priorité nationale.

Paris, Croulebarbe, le 10 octobre 2026

 

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