« Leur avenir est dans le pré … le nôtre aussi ! » : ce n’est pas une publicité pour la célèbre émission de Karine Lemarchand sur M6. Non, c’est le titre du premier rapport de Solidarité Paysans sur les difficultés en agriculture. « Solidarité Paysans », une association créée en 1992 en fédérant des initiatives prises pour certaines dès la fin des années soixante-dix, quand des exploitants agricoles commençaient à rencontrer des difficultés liées au surendettement ; une association composée d’agriculteurs et d’agricultrices, souvent retraités et proches de la Confédération paysanne ou de Chrétiens en monde rural qui accompagnent les « agriculteurs en difficulté ».
Comme le Secours catholique avec son rapport annuel sur la pauvreté, l’association a voulu utiliser les données recueillies à l’occasion de ces accompagnements pour en tirer des enseignements sur la nature des difficultés rencontrées par les paysans, interpeller la société et les pouvoirs publics, et faire des propositions pour aider à faire face à ces difficultés qui sont aussi, faut-il le rappeler, une des causes du mal-être et donc du suicide en agriculture. L’analyse de plus de 90 % des quelque 4000 exploitations accompagnées en 2025 (soit 1 % de la totalité des exploitations françaises) est révélatrice des difficultés que rencontre notre agriculture. Celles-ci concernent d’abord les agriculteurs en fin de carrière : un phénomène inquiétant si l’on se souvient que la moitié des exploitations agricoles changeront de main dans les dix ans. Mais elles concernent presque tout autant des personnes installées depuis moins de dix ans, révélant les insuffisances de l’accompagnement au cours de ces années pourtant cruciales. Troisième situation problématique, celle des agricultrices (plus de 40% des installations aujourd’hui) révélant malgrè les efforts les difficultés persistantes de la reconnaissance d’un réel statut professionnel.
Les secteurs concernés illustrent également des évolutions inquiétantes pour l’agriculture française. Au premier rang l’élevage bovin, avec près de 40 % des accompagnements : un secteur qui fait l’objet d’une forme de « plan social » silencieux avec la disparition chaque année de 650 fermes. Une évolution préoccupante, tant pour l’approvisionnement national que pour l’environnement, avec la transformation de nombre de prairies en cultures, plus consommatrices d’engrais et de pesticides et moins protectrices des sols. Plus surprenantes les difficultés dans la filière « céréales », qui concernent ces exploitations petites et moyennes, de moins de 100 ha, qui ne peuvent s’aligner sur le modèle des fermes usines et ne peuvent se positionner sur des labels de qualité. Plus surprenantes également les difficultés dans la filière viticole, en Occitanie, mais aussi dans le Bordelais, du fait notamment d’une concurrence internationale accrue dans un contexte de baisse de la consommation. Dans les deux cas, les évolutions climatiques et les événements météorologiques sont souvent un facteur déclenchant ou d’aggravation des difficultés, illustrant, comme on a pu le voir aussi cet été, l’échec de la nouvelle assurance récolte mise en place en 2023. Enfin, le secteur du maraichage et de l’horticulture, seul secteur en croissance en France, y compris en zone urbaine ou périurbaine, avec 300 fermes en plus chaque années, mais qui nécessite de maîtriser plusieurs métiers, notamment ceux de la commercialisation, est à l’origine de près de 10 % des difficultés rencontrées, qui se traduisent souvent dans des formes de précarité importantes.
Parmi les propositions, le rapport met notamment l’accent sur l’accès aux droits : à la justice pour les procédures de sauvegarde et de redressement ; aux prestations sociales, notamment le RSA pour les personnes en situation de précarité ; à la santé, tant les difficultés financières peuvent aussi se conjuguer avec des problèmes de santé, physique ou mentale, dont l’origine, souvent professionnelle, n’est pas toujours reconnue.
Paris, Croulebarbe, le 27 septembre 2026.
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