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Pédophilie dans l’Eglise : la commission d’enquête parlementaire remet-elle en cause la laïcité ?

Pédophilie dans l’Eglise : la commission d’enquête parlementaire remettrait-elle en cause la laïcité ? Pas du tout d’accord avec le point de vue développé par Clément Benelbaz dans le JDD du 1er octobre (et que je n’ai vu qu’hier) sur le fait qu’une commission d’enquête parlementaire serait contraire au régime de laïcité.

Comme je l’ai indiqué hier soir lors de la table ronde organisée par Jean-Louis Bianco, Nicolas Cadène et l’Observatoire de la laïcité :

  • Il ne s’agit pas d’une question religieuse, nous ne demandons pas au parlement, comme l’empereur Constantin au concile, de trancher des articles de foi : si j’osais, la question de la pédophilie dans l’église n’a pas grand chose à voir avec la querelle du filioque.
  • Il s’agit bien, au contraire, et d’une question de société et d’une question politique : comment, et dans quelle mesure, comme le dit d’ailleurs le pape François en dénonçant le cléricalisme, le système ecclésial a-t-il pu produire, ou au moins tolérer, cette dérive ? Une question de société, la pédophilie, y compris sa prévalence dans l’église catholique. Mais une question politique aussi, dans la mesure où cette question l’est devenue à force d’être niée, tue, cachée.
  • Il est faux de dire qu’il n’y a jamais eu de commission d’enquête sur des sujets impliquant les religions : il y en a eu sur les sectes ou sur la radicalisation islamiste, par exemple ;
  • Comme l’a indiqué dans le débat Valentine Zuber, il y a une « supériorité absolue » de la loi civile sur la loi religieuse : dans le cas de la pédophilie, avant le péché, il y a un crime, et pas l’inverse ;
  • Il ne s’agit pas, évidemment, de revenir, comme on me l’a objecté, à la vision d’Émile Combes de la laïcité où c’est la République qui organise les religions, ou plus précisément qui les encadre ; mais, en revanche, c’est bien la République qui fixe le cadre légal dans lequel s’exerce la liberté religieuse, liberté fondamentale s’il en est et constitutive, avec l’égalité et la fraternité, du régime de laïcité comme l’a justement rappelé Jean-Christophe Peaucelle ; et la République peut tout à fait, comme elle l’a déjà fait dans le passé, faire en sorte que ce cadre légal permette d’éviter ou du moins de prévenir les dérives de toutes natures, celles de la pédophilie demain, comme les dérives sectaires hier, ou les dérives radicales aujourd’hui.

Paris, le 5 octobre 2018

 

Addendum : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi » (extrait de la déclaration du pape du 20 août 2018)

Je ne résiste pas au plaisir de publier ici, en clin d’œil à Léon Gambetta, un extrait de la lettre du pape François en date du 20 août dernier, d’ailleurs reprise dans l’excellent dossier de Témoignage Chrétien sur « La chute de la maison catholique ?« .

« Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple ». Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. » 

Paris, le 6 octobre 2018

Un commentaire

  • Autoriser une commission de la République à enquêter sur les « agissements » d’une organisation (car c’est de cela qu’il s’agit) quelle qu’elle soit sur des questions relevant du droit, – et plus fondamentalement des droits de l’homme – ne me semble pas pouvoir souffrir d’ autres exceptions que celles définies par nos propres lois républicaines.
    Ce débat me semble surréaliste et peut-être significatif d’une perte du sens républicain.

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