La récente étude du Datascope d’AXA « l’absentéisme atteint des sommets et la santé mentale des salariés se dégrade encore » est intéressante à plus d’un titre. Elle confirme, pour certains d’entre eux, des constats déjà faits par la Cnam et par Humanis et les complète aussi :
- Une croissance rapide des arrêts de travail, notamment depuis 2019, avec un absentéisme qui augmente de 50 % dans cette période.
- Cette augmentation est principalement due aux arrêts longs eux-mêmes largement liés à des problèmes de santé mentale, à tel point que les troubles psychologiques deviennent la première cause des arrêts longs.
- Cette hausse touche principalement les cadres et les moins de 35 ans, notamment la tranche des 30–35 ans .
On s’étonne, au vu de ces résultats, de la stratégie développée par la Cnam et relayée par l’exécutif pour faire face à cette augmentation de la dépense et dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle manque singulièrement d’imagination :
- L’accroissement du délai de carence n’a d’effet éventuel que sur l’abus des arrêts courts, et constitue une mesure extrêmement injuste comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer ici.
- De même, le ciblage des contrôles sur les gros prescripteurs, que j’avais relancé avec un réel succès en 2003 n’a d’effet réel que sur les arrêts courts, car ce sont ceux-là qui, le plus souvent, peuvent être abusifs.
- C’est encore plus le cas avec la mise sous objectifs (MSO) imposée « contractuellement » aux gros prescripteurs et qui ne tiennent pas compte des caractéristiques de la patientèle, comme j’avais eu l’occasion de l’expliquer également.
- Limiter à un mois la prescription initiale et à 2 mois le renouvellement, comme le prévoit la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, est sans doute la mesure la moins gênante mais il est peu probable que, vu les causes des arrêts longs, cela diminue significativement au final leur durée moyenne et cela générera de nouvelles consultations, ce qui aura probablement des effets positifs pour le suivi médical mais aussi un coût pour l’assurance maladie.
Il est clair que la méthode la plus efficace serait d’intervenir au niveau des entreprises car comme le constate l’étude d’Axa, les causes profondes relèvent notamment du management, du télétravail et de la charge mentale. On pourra objecter que ces arrêts ne ressortant pas, pour la plupart, de maladies professionnelles, l’assurance maladie n’a pas compétence pour intervenir dans les entreprises. Mais pour l’avoir utilisé lors d’une mission Igas, je sais que la Cnam peut, à partir de traitements anonymisés de la consommation de soins, identifier des atypies dans les risques de santé mentale dans les entreprises de plus de 300 salariés.
On pourrait par exemple imaginer que des délégués de l’assurance maladie (comme ceux que j’avais créés en 2003 pour attirer l’attention des médecins sur leur atypies en matière de prescription notamment médicamenteuses), prennent contact, en lien avec le médecin du travail avec les entreprises où les risques de santé mentale sont les plus élevés, pour les inciter dans un dialogue à réfléchir à ce qui, dans leurs méthodes de management, contribue à cette hausse. Mais cela suppose de ne pas craindre d’interpeler les entreprises sur leurs responsabilités, comme de ne pas craindre d’interpeler les médecins.
Paris, Croulebarbe, le 1er avril 2026 (ceci n’est pas un poisson d’avril).
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