Bref !, Sur le fil

De la permanence du trou (de la Sécu) et de son usage ordinaire.

« Pris de vertige devant le gouffre financier de la Sécurité sociale, chacun semble faire du sur-place :  l’Etat, autorité de tutelle, prend seulement des mesures de sauvetage ; les organisations patronales et syndicales, chargées de la gestion des régimes sociaux, reculent devant toute thérapeutique qui se traduirait ou bien par une remise en cause des avantages acquis ou bien par une élévation des charges. »

Ce commentaire ne fait pas suite à l’annonce d’un déficit record de 21,6 Mds € pour 2026 par la Commission des comptes de la Sécurité sociale comme par la Cour des comptes. Non, il date d’il y a prés de cinquante ans et il est de Henri Tincq dans la revue Projet de septembre 1976. Henri Tincq, un chti comme moi, victime du Covid en mars 2020, qu’on a surtout connu comme chroniqueur religieux du Monde, mais qui était à l’époque au service économique et social de La Croix.

On dira que les choses n’ont gère changé depuis. On peut surtout constater que l’analyse n’a guère évolué . Certes les partenaires sociaux qui, il est vrai, n’ont jamais vraiment voulu exercer leur responsabilités, ont encore moins de pouvoir qu’à l’époque. Certes on a mis en place avec la Cades une solution élégante pour résorber dans la durée les déficit de la Sécurité sociale même si cette solution commence à montrer ses limites. Mais pour l’essentiel la piste de l’augmentation des contributions étant en grande partie fermée pour cause supposée de niveau jugé trop élevé des prélèvements obligatoires, de « ras le bol fiscal » pour reprendre l’expression popularisée par Pierre Moscovici, l’Etat n’envisage plus guère d’autre solution que la baisse des prestations, « la remise en cause des avantages acquis ».

Pas de réflexion sur le consentement à la solidarité. La solidarité valeur pourtant essentielle de la Sécu, cette institution invisible oubliée par le bon docteur Rosanvallon, qui permettrait de poser dans d’autres termes l’équation aujourd’hui insoluble de l’équilibre entre ressources et emplois. Il y a quelque chose de choquant à assimiler à travers la notion de prélèvement obligatoire les contributions à la sécurité sociale à de l’impôt car elles ne financent ni les fonctions régaliennes, ce qui était l’objet du consentement à l’impôt tel que défini par les articles 13 et 14 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui fixent les principes, ni, sauf indirectement pour les établissements de santé, les grands services publics comme l’Education  nationale ou la gestion des réseaux collectifs. On voit pourtant dans l’attachement de nos concitoyens à la Sécu que cette question de l’équilibre pourrait être posée clairement pour le transformer en consentement à la solidarité, plutôt que de reporter cette question sur la victime émissaire facile et démagogique d’une fraude dont l’ampleur n’a rien à voir avec le désajustement entre les ressources et les dépenses, quand ce n’est pas sur le soit disant « assistanat » ou la consommation de la population immigrée.

Pas plus de réflexion non plus sur le modèle d’Etat-providence lui-même, pour imaginer un nouveau modèle économiquement mais surtout socialement soutenable dans un contexte où les variables économiques mais surtout démographiques et aussi, ne l’oublions pas, écologiques, n’ont plus rien à voir avec celles de la fameuse période des « trente glorieuses ».

Paris, Croulebarbe, le 13 avril 2026

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