Démocratie & Spiritualité, Sur le fil

De l’habitabilité à la fraternité et retour (Edito pour la lettre de D&S)

En dégageant l’habitabilité de la Terre comme principe, comme valeur fondatrice, des politiques écologiques, le philosophe Baptiste Morizot et le juriste Laurent Neyret nous invitent à revenir sur cette question environnementale, cette question qui comme la question sociale à partir du 19ème siècle, ou celle de la barbarie au 20ème siècle, constitue probablement la question centrale à laquelle l’humanité est confrontée en ce 21ème siècle dont nous venons de dépasser le premier quart. C’est à cette question qu’est consacré le dossier de ce numéro. L’occasion de relire  « Dialoguer avec la Terre »,  ce travail collectif que nous avons mené, il y a trois ans, afin de « renouer le lien entre les générations pour préserver notre maison commune ».  On a souvent tendance à ramener cette question à celle dite du « réchauffement », documentée par le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et qui avait fait l’objet d’une mobilisation collective mondiale pleine d’espérance lors de la Cop21 à Paris en 2015 mais dont les objectifs sont aujourd’hui remis en cause par ces « lumières noires » qui recouvrent progressivement la planète ; celles des Trump, des Poutine, des Mileï, des Bolsonaro, pour ne citer que les plus aveuglées. Mais nous ne saurions oublier une dimension tout aussi importante de la crise écologique, celle de la sixième extinction de masse, avec une perte massive de biodiversité, tout aussi dangereuse pour l’humanité que l’augmentation de la température moyenne de notre atmosphère, comme nous le rappelle Marc André Selosse.

Notre conviction c’est que, pour que nous puissions traiter cette question de l’habitabilité, il nous faut plus de démocratie, comme l’ont illustré les conclusions hélas non suivies d’effets de la Conférence citoyenne pour le climat, mais aussi une démocratie qui sache dépasser la seule confrontation des passions et des intérêts à court terme pour intégrer une « certaine idée de l’humanité », une humanité fraternelle.

Mais le caractère central de la question écologique ne saurait nous faire oublier non plus les autres questions auxquelles notre humanité est confrontée dans les années vingt de ce 21ème siècle.

La guerre bien sûr, qui n’avait jamais disparu. La guerre à nos portes en Ukraine, avec ses risques d’extension à d’autres pays européens, ou celle qui s’invite dans nos débats nationaux suite aux réactions disproportionnées constitutives de crimes contre l’humanité du gouvernement d’Israël actuel aux pogroms du 7 octobre 2023. Avec là aussi ses risques d’extension à l’ensemble du Moyen orient et ses conséquences sur une économie mondiale qui reste encore trop dépendante aux énergies fossiles. En n’omettant pas non plus cette cinquantaine de guerres oubliées dont nous ne prenons conscience de l’existence qu’au détour d’une crise humanitaire croisée au JT du soir.

La montée des impérialismes aussi dont ces guerres sont souvent le corolaire avec leur cortège de répressions et d’atteintes aux libertés, à commencer par celle des peuples à disposer d’eux-mêmes, et avec elle à l’ensemble des libertés fondamentales. N’oublions pas l’une des leçons de l’histoire : les empires ne font pas bon ménage avec la démocratie, ni avec les droits de l’homme.

La montée des courants identitaires, un peu partout dans le monde, et dont ces guerres et parfois ces impérialismes sont aussi le symptôme, avec souvent, trop souvent, la complicité des religions. Ces courants identitaires avec leur conception d’une fraternité réduite aux proches, aux mêmes ; une fraternité réduite à l’ethnicité ou à la religion partagée.

Tout cela alimente la violence entre les humains, une violence qui elle aussi pourrait remettre en cause l’habitabilité de la notre village planétaire.

Bien sûr le pire n’est pas sûr et sur chacun de ces terrains comme sur bien d’autres nous trouvons aussi des raisons d’espérer, des signes discrets qui nous laissent espérer que le cours des choses pourrait s’inverser. Des signes vivants de cette valeur de fraternité qui nous anime et qui a inspiré successivement la solidarité  avec la Sécurité sociale, la dignité avec les droits humains, et maintenant l’habitabilité.

Paris, le 2 octobre 2026.

 

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