Démocratie & Spiritualité, Sur le fil

Ma déclaration de candidature à la présidence de Démocratie & Spiritualité

En préparant l’Assemblé générale de D&S le 30 mai 2026, j’ai recherché ma déclaration de candidature il y a six ans, pour en prendre la présidence après Jean-Baptiste de Foucauld (j’étais, depuis un an vice-président à ses côté).

Je la reproduit ci-après, en la datant de sa date de diffusion, et sans les notes de bas de page qui ne sont pas passés.

Paris, Croulebarbe, le 7 mai 2026.

Déclaration de candidature

A l’occasion de l’élaration de l’ordre du jour du CA, Éliane m’a rappelé sa suggestion de présenter mon parcours intellectuel et spirituel, et mes engagements en tant que candidat à la succession de Jean-Baptiste à la présidence de D&S. Comme vous le savez, j’ai subi une fatigue post-covid qui ne m’a pas permis de répondre plus tôt à sa proposition, pourtant importante : en effet, pour moi cet engagement et ce mandat que je sollicite auprès de vous s’inscrivent dans un cheminement intellectuel et éthique.

  1. Qui suis-je ?

Je suis né il y a 65 ans, le vendredi 13 (je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur !) mai 1955. Même si c’était à la maternité de Béthune, je suis en fait de Nœux les mines, dans le Pas de Calais, où mon père était secrétaire de mairie et ma mère agente spécialisée des écoles maternelles quand ils sont morts, victimes de la violence routière, le 18 février 1990, avec mon fils ainé David qui avait cinq ans, dans un accident dont seule ma fille Aurélie qui avait 3 ans, a réchappé. J’ai deux autres enfants, Romain, qui venait de naître, et Estelle, née un an après ce drame qui a marqué nos vie, Anne, leur mère, et moi. Nous sommes séparés depuis dix ans.

  1. On peut se présenter de diverses façons ; sans tomber dans le CV je vais commencer par les compétences que j’ai pu acquérir, par mes études, comme agronome, sociologue, énarque et … animateur, car elles ont contribué à ma formation intellectuelle.

Agronome, c’est ma formation initiale, comme pour Jean-Claude Devéze ; une formation scientifique et d’ingénieur, mais différente de celles qui s’appuient sur les disciplines physico-chimiques, comme des formations littéraires qui s’appuient elles sur les humanités, car les sciences biologiques sont le domaine de la complexité, ce qui me rend toujours un peu méfiant, tant vis-à-vis des raisonnements trop mécanistes, que vis-à-vis des différentes formes de dualismes, de monismes et même de dialectiques ternaires, auxquelles je préfère la dialogique chère à Edgar Morin.

Sociologue, c’est le complément de ma spécialisation en économie à l’Agro. Pour moi l’économie et la sociologie sont une seule et même science humaine, et ont les mêmes rapports entre elles que la physique et la chimie. Ma carrière de chercheur en sciences économiques et sociales s’est arrêtée avant que je ne me lance dans la thèse, car, à l’époque, hétérodoxe sans le savoir, je ne me retrouvais ni dans le marxisme des chercheurs de l’Inra, ni dans le libéralisme marginaliste dominant dans les chaires d’économie des grandes écoles agronomiques. De même, dans le champ de la sociologie, j’avais les mêmes réticences vis-à-vis du principal durkheimien alors hégémonique, Bourdieu, dont je n’appréciais guère l’esprit de système, que vis-à-vis des représentants des courants wébériens, comme Aron.

Enarque, suite au passage, après une dizaine d’années de vie professionnelle, par cette école fondée en 1945 pour permettre, dans le cadre de la mise en œuvre du programme du CNR, la démocratisation de la haute fonction publique. La préparation du concours interne m’a conduit à réinvestir avec bonheur des champs abandonnés depuis les années lycée, comme l’histoire ou la culture générale, à approfondir mes connaissances économiques, et à découvrir des domaines que je ne connaissais pas, comme le droit et les politiques publiques, notamment sociales, dont j’ai fait mon métier ensuite.

Animateur : j’ai passé mon Bafa chez les Francas (mouvement laïque s’il en est), pour être animateur au centre aéré de Nœux les mines, et l’ai complété ensuite avec les Scouts de France, qui à l’époque n’avaient pas encore fusionné avec les Guides de France alors que j’animais déjà un groupe mixte rattaché à la paroisse St Médard. Cette formation à l’animation a été aussi importante pour moi que les formations universitaires, par la sensibilité au fonctionnement des groupes qu’elle m’a apportée.

  1. Sur le plan professionnel, je suis encore en activité, à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), que j’avais choisie à la sortie de l’Ena en 1990, et où j’ai fait mes premiers pas auprès de Michel Lucas, qui en était à l’époque le chef, qui s’est illustré dans l’enquête sur l’affaire du sang contaminé et dans la mise à jour du scandale de l’Association de la recherche contre le cancer (Arc), et dont j’ai été l’adjoint, avant son départ en 1993.

Je me définis sur mon blogue comme ingénieur et gestionnaire de politiques publiques et observateur engagé des transitions sociétales.

Ces métiers, je les ai exercés d’abord au laboratoire de sociologie de l’Agro, puis après mon service national à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris comme statisticien, à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, sur les questions de diffusion du progrès en agriculture, expérience dont j’ai sorti un Que sais-je ?, « Le développement agricole en France ». Mon passage pendant deux ans au ministère de la coopération, où j’étais chargé de la préparation des stratégies agricoles et alimentaires, m’a décidé à préparer l’Ena, car j’ai compris que c’était une condition pour pouvoir peser dans l’appareil d’Etat et concevoir et gérer des politiques publiques.

Après un peu plus de quatre ans sur des missions de contrôle, d’audit, d’évaluation des politiques publiques, de propositions,  je n’ai fait, depuis 1994 et pendant près de 25 ans, qu’exercer des fonctions de dirigeant, d’organismes sanitaires et sociaux ; six au total : la Mutualité fonction publique (MFP), la Mutualité sociale agricole (MSA), la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), la Mutualité française (FNMF), l’Agence régionale de santé (ARS) du Nord Pas de Calais, que j’ai créée il y a dix ans, et enfin la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf).

Ce métier de dirigeant, j’ai vraiment aimé l’exercer, même s’il laisse peu de disponibilité pour la vie personnelle et familiale comme pour l’approfondissement intellectuel, et j’ai mal vécu d’être mis à l’écart, comme je l’avais été en 2004 de la Cnam par Philippe Douste-Blazy, par le gouvernement issu des urnes en 2017 (alors que j’avais contribué à certains éléments du programme d’Emmanuel Macron à la demande de Jean Pisani-Ferry).

Cette longue période m’a conduit à arrêter en grande partie -ou à mettre en suspens-, mes activités d’écriture et d’enseignement, ainsi que la plupart de mes engagements, dans différents domaines. C’est donc une disponibilité retrouvée qui me permet de m’investir dans de nouveaux engagements dont D&S.

  1. Mes engagements politiques, syndicaux et associatifss’inscrivent dans ce qu’on a appelé la deuxième gauche : socialiste et autogestionnaire (même si je n’ai gardé de ce concept que celui d’une exigence de démocratie), écologiste, antiraciste, tiers-mondiste et européen, je reste aujourd’hui engagé pour une société plus juste et plus fraternelle.

Sur le plan politique, le seul parti auquel j’ai appartenu, pendant neuf ans, a disparu depuis plus de trente ans : c’est le PSU, auquel j’ai adhéré à l’âge de 20 ans, en 1975 -après un bref passage au Man (mouvement pour une alternative non violente) qui venait de se créer- et où j’ai principalement participé à l’animation du secteur agricole et de sa revue « Germinal ». Après le départ de Michel Rocard en 1973, le PSU de cette époque a notamment contribué, pour moi, à donner une traduction politique à l’écologie, qui avait trouvé une première expression avec la candidature de René Dumont en 1974.

Sur le plan syndical, j’ai adhéré à la CFDT avec ma première feuille de paye, en 1977, après une participation au syndicalisme étudiant au sein du Mas (Mouvement d’action syndical). J’ai été un militant syndical actif jusqu’à ce que je devienne dirigeant, patron, ce qui m’a conduit à mettre en suspens, d’abord mon activité militante pour incompatibilité, puis mon adhésion par souci de neutralité vis-à-vis des administrateurs des organismes sociaux que je dirigeais, issus des différentes organisations syndicales et patronales. J’ai repris une activité syndicale, avec un investissement modéré, depuis mon retour à l’Igas.

Sur le plan associatif j’ai d’abord été très actif dans le mouvement tiers-mondiste, notamment dans la lutte contre « la faim dans le monde » ou contre l’apartheid en Afrique du Sud. Mon passage à Médecins du monde, dans le cadre de mon stage Ena en entreprise, m’a conduit à relativiser les débats de l’époque entre urgence et développement.

Je suis également un des fondateurs, auprès de Denis Clerc, du magazine Alternatives économiques, dont j’ai été le président de l’association des lecteurs, puis gérant de la société civile des lecteurs, fonction que j’ai reprise récemment, en même temps que ma participation au CA de la Scop. C’est un de mes motifs de fierté que d’avoir contribué à faire vivre l’indépendance journalistique d’un magazine qui va fêter ses quarante ans en novembre 2020. C’est ce souci de faire de l’économie un espace de débat démocratique, qui m’a conduit aussi à créer avec Philippe Frémeaux, l’Institut pour le développement de l’information économique et social (Idies).

Mon passage à la Vie Nouvelle, pendant près de dix ans (où j’ai croisé Odile Guillaud et son mari Gilles), m’a permis de retrouver une sorte d’unité de la personne, puisque j’y participais à la fois au secteur politique et à la rédaction de la revue Citoyens -créée dans les années soixante par Jacques Delors- au secteur Tiers monde et au secteur Europe.

Mon engagement européen ancien, renforcé par mon stage Ena à la commission, à l’époque présidée par le même Jacques Delors, et qui m’avait conduit à rédiger un Repères sur « L’Europe sociale », en 1994, se traduit aujourd’hui dans ma participation à « Sauvons l’Europe ».

J’ai aussi un pied dans d’autres laboratoires d’idées et d’action, principalement

  • L’ANSA (Agence nationale pour les solidarités actives), dont j’ai été trésorier, avant de démissionner pour cause de conflit d’intérêt avec mes fonctions de DG de la Cnaf.
  • Terra Nova, pour qui j’ai notamment rédigé un rapport sur la réforme des pensions alimentaires, dans la perspective d’une amélioration de la situation des familles monoparentales (en fait les femmes seules avec enfants), situation qui est une des principales causes de pauvreté ou de précarité dans la France d’aujourd’hui.
  • et #Leplusimportant avec qui j’ai rédigé un rapport sur la gestion européenne des conséquences sociales de la révolution numérique(et où j’ai croisé Marie Charlotte que nous avons recrutée comme secrétaire administrative).

Je suis un spécimen d’une « espèce en voie de disparition », si l’on en croit Jean- Louis Schlegel, « les cathos de gauche », tant dans mes engagements que dans ce qui les a motivés dans mes années étudiantes : je pense notamment à « Croire » de Frédo Krumnov, de « La foi d’un chrétien révolutionnaire » de Philippe Warnier, que j’ai connu plus tard à la Vie Nouvelle, et, dans une moindre mesure « L’évangile de la non-violence » de Jean-Marie Muller, ou aussi « L’utopie ou la mort » de René Dumont.

C’est cet enracinement qui m’a conduit à accepter la proposition de Christine Pedotti de collaborer comme éditorialiste à Témoignage Chrétien, depuis juin 2018. Ce souci de « Vérité et justice, quoiqu’il en coûte » qui avait conduit en novembre 1941, un jésuite, Pierre Chaillet, avec quelques catholiques (et quelques protestants), à sauver l’honneur d’une église qui était en train de perdre son âme, dans le soutien au régime collaborationniste et antisémite de Vichy, puis ses successeurs à être parmi les premiers à dénoncer la torture en Algérie.

  1. Sur le plan religieuxet spirituel, je me présente comme agnostique-chrétien, et profondément laïque.

Agnostique, je crois que je le suis depuis l’adolescence, même si je n’en ai vraiment pris conscience que récemment, en lisant le magnifique roman « Le royaume » de Jean-Claude Carrière. Agnostique au sens où je n’ai pas la foi ; agnostique au sens où la question de l’existence de dieu, quelle que soit la façon dont on la pose, est pour moi indécidable ; indécidable, ce qui ne fait de moi ni un athée, ni un matérialiste : la vie spirituelle est pour moi nécessaire comme la poésie, la musique, la peinture qui en sont souvent des modes d’expression ; comme aussi la marche, la méditation, ou le silence.

Chrétien et agnostique ou plutôt agnostique-chrétien. Chrétien et non catholique, même si c’est à l’église qui se dit telle que je dois ma formation religieuse et spirituelle. Agnostique-chrétien, au sens de la référence au « Christ philosophe » de mon homonyme, Frédéric Lenoir (avec qui je n’ai aucun lien de parenté), ou à « L’affrontement chrétien » d’Emmanuel Mounier, dont le personnalisme reste pour moi une référence essentielle. Ma spiritualité agnostique s’enracine dans le terreau évangélique, qui a été le moteur de mes engagements, mais aussi de son substrat judaïque : je reste, comme Erri de Luca, agnostique également, un lecteur assidu de la Bible, et notamment de ces deux magnifiques textes que sont Qohélet (l’Ecclésiaste pour les chrétien, une sorte de Sisyphe avant l’heure) et Le cantique des cantiques, ce magnifique poème de l’amour, de l’Eros, et non de la Philia ou de l’Agape, qui en sont deux autres dimensions.

Laïque, et profondément laïque, depuis l’adolescence, où j’avais déjà un pied dans chacune des « deux Frances », celle de l’action catholique et de l’aumônerie des lycées publics et des grandes écoles, et celle des mouvements laïques chez les Francs et franches camarades. C’est cet engagement laïque qui m’avait conduit, après les attentats de janvier 2015 à faire adopter par le CA de la Cnaf une « charte de la laïcité de la branche famille avec ses partenaires », en concertation avec l’Observatoire de la laïcité, présidé par Jean-Louis Bianco, comme à lutter tout autant contre les dérives islamophobes, que contre la radicalisation islamiste.

Laïque, même si pour moi la laïcité n’est pas une valeur spirituelle (je ne partage pas l’idée d’une spiritualité laïque, terme auquel je préfère ceux de spiritualité agnostique, celle que je revendique pour moi, ou déiste, ou athée, comme Comte-Sponville, mais c’est un débat intéressant), mais une attitude vis-à-vis des différentes formes de religions, de croyance ou de spiritualité. La laïcité a évidemment une traduction juridique, celle qui découle de l’article 1 de la Constitution, aussi une traduction personnelle dans les comportements, en associant à la fois une tolérance vis-à-vis de toutes les croyances ou spiritualités, et une exigence pour chacune de respecter la liberté de chacun de pratiquer la religion de son choix.

Cette laïcité ne doit pas être confondue avec le dialogue inter-spirituel, pour moi important aussi : elle en est une condition, car ce dialogue exige le respect mutuel, mais il n’en est pas le corolaire, car la laïcité accepte aussi l’indifférence sur la question spirituelle.

C’est en effet important pour moi de faire vivre ces notions de laïcité et de spiritualité dans le dialogue, dans l’échange et dans le débat entre des convictions différentes, voire opposées, dès lors que ce dialogue se fait dans le respect des convictions des uns et des autres. C’est une des raisons de mon adhésion au projet de D&S.

 

  1. L’actualité de D&S

J’ai peut-être été un peu long sur mon itinéraire, mais c’est parce que cela me permet d’expliquer mon adhésion au projet de D&S, et donc de répondre à cette question « Pourquoi j’ai accepté la proposition que Jean-Baptiste m’a faite, sur la suggestion de Yannick Moreau, de prendre son relais à la présidence de D&S ? ».

Ma réponse n’a pas été spontanément positive. J’ai d’abord fait part à Jean-Baptiste de mes hésitations sur quatre points :

  • D’abord, et comme je l’avais dit aussi à Christine Pedotti pour TC, sur le fait que j’ai pris mes distances avec la foi catholique et même avec la foi tout court, que je me considérais comme agnostique, ce à quoi il m’a répondu que D&S était ouvert à toutes les spiritualités.
  • Sur le fait que mes références sont plutôt mystiques (comme la mystique républicaine de Péguy) que spirituelles ; mais ce n’est probablement qu’une nuance sémantique, et l’une et l’autre sont les versants d’une même montagne.
  • Que, dans le même ordre d’idées, je suis autant attaché à l’idée républicaine qu’à celle de démocratie, avec toujours le risque que celle-ci nous tire vers le bas, alors que République insiste sur un idéal commun (qui trouve une nouvelle actualité avec la notion de biens communs) ; cela dit, les deux notions sont pour moi indissociables.
  • Et enfin sur le fait que je n’ai pas vocation à être un « saint laïc » et que ma recherche d’une forme de société plus frugale ne relève pas de l’ascétisme et n’est pas contradictoire avec le goût des plaisirs de la vie.

Je n’ai finalement décidé d’adhérer à D&S qu’après avoir participé au colloque des 25 ans : j’ai, dans les débats, dans le texte d’orientation, et dans les convictions exprimées par les participants, trouvé des réponse positives à mes quatre questions.

« Accrocher la charrue démocratique à l’étoile d’une espérance » : j’ai essayé, en plagiant un proverbe issu de la sagesse des nations, attribué souvent mais de façon apocryphe à Guy de Larigaudie, de résumer ce qui me semble essentiel dans l’intuition fondatrice de D&S, dont je pense qu’elle reste d’une actualité renouvelée.

La charrue démocratique : la démocratie est d’abord une maïeutique, un travail de la société sur elle-même, d’accouchement de solutions aux problèmes que rencontrent nos sociétés nationales, européenne et mondiale. A condition de ne pas la réduire au vote ou à l’élection : comme le dit très bien Amartya Sen dans « La démocratie des autres », la démocratie c’est d’abord le débat public. C’est lui qui permet aux procédures de choix démocratiques de s’exprimer en connaissance de cause : à défaut de cette pédagogie du débat, la démocratie risque toujours d’être instrumentalisée par la démagogie.

L’étoile d’une espérance, cette deuxième vertu chère à Péguy, ce principe célébré par Ernst Bloch, et qui pour moi trouve sa source dans l’expérience spirituelle. La spiritualité, qui peut s’exprimer dans diverses formes de spiritualités, puisant dans les différentes traditions religieuses ou culturelles, nous tire vers le haut, vers ce qu’il y a de plus positif dans l’humanité et qui est à l’origine des grandes valeurs humanistes, celles qui se sont exprimées dans les droits humains et appellent, au-delà de la solidarité, à une véritable fraternité universelle qui permette d’élever la société au statut de communauté et l’individu au statut de personne.

L’esperluette &, qui porte avec elle une double et essentielle exigence :

  • Eviter que la démocratie ne nous tire vers le bas, comme le craignait Tocqueville, en se limitant à définir un plus petit commun multiple, qui n’est que l’addition des égoïsmes individuels, comme le marché est leur confrontation ; alors que l’enjeu, notamment écologique, est justement d’élever la délibération démocratique à la hauteur des communs.
  • Eviter que les convictions, les exigences spirituelles, ne tournent en totalitarisme, cette tentation à laquelle aucune religion n’a échappé, à commencer bien sûr par le catholicisme, comme de façon générale les monothéismes, mais aussi les autres, y compris l’athéisme d’Etat de la défunte Union soviétique. Le pacte faustien avec le marché cher à Jean-Baptiste comporte aussi sa tentation totalitaire, comme l’exprimait d’une certaine façon Maggy Thatcher avec Tina (There is no alternative).

Les dangers existent sur ces deux terrains et se sont renouvelés depuis la création de D&S avec :

  • D’un côté une crise de confiance profonde dans la démocratie, dont témoigne le développement de ces oxymoriques « démocraties illibérales », qui à l’instar des ci-devant « démocraties populaires », ne retiennent des principes démocratiques que ceux qui permettent de légitimer des pouvoirs autoritaires.
  • De l’autre que la prophétie attribuée à Malraux, et probablement apocryphe elle aussi, d’un vingt-et-unième siècle qui « sera religieux (ou spirituel) ou ne sera pas » ne se traduise par un retour des extrémismes religieux, comme c’est le cas avec l’islamisme pour l’islam, mais aussi l’évangélisme pour les chrétiens, et ce d’autant plus que, comme la nature, la « spiritualité a horreur du vide », et que ces dérives sectaires occupent les terrains laissés vacants par les spiritualités ouvertes, comme la théologie de la libération en Amérique latine.

Autant dire que je me situe dans le prolongement de l’intuition qui a inspiré les fondateurs de D&S, il y a 25 ans -c’est ce pourquoi je préfère l’idée de passage de témoin à celle de succession- qui reste d’actualité mais doit se situer dans un autre contexte que celui de la chute du mur. C’est ce qu’exprime dans des termes que je partage très largement le texte d’orientation élaboré à l’occasion des 25 ans, dont la célébration a été mon premier contact avec D&S. Deux ruptures me semblent fondamentales : celle introduite par la révolution numérique, et celle, plus fondamentale encore, introduite par la crise écologique planétaire.

C’est ce qui nous a conduits, avec Valérie, à proposer à nos adhérents, dès juin 2019 « une enquête sur l’esperluette », avec vingt questions autour d’un certain nombre de thèmes dont quatre ont été retenus et ont permis le lancement des premiers groupes de travail.

La crise du Covid, en ce qu’elle révèle des fragilités de nos sociétés, ne remet pas en cause, au contraire, cette démarche, mais nous amène à l’ajuster, que ce soit en termes de méthode de travail, ou de questionnement. En termes de méthode de travail, en utilisant davantage dans nos fonctionnements les potentialités du numérique, de façon à contribuer à en faire, comme c’était la conclusion de la conviviale avec Bruno Dufay, un « numérique à visage humain ». De façon à remettre en valeur aussi des méthodes plus interactives et participatives. En termes de questionnement aussi, en nous laissant questionner par l’événement Covid, sur les thèmes qui ont été engagés, mais aussi en élargissant notre focale à des domaines que nous n’avions pu engager l’année dernière, comme le numérique, mais aussi les questions du vieillissement et de la mort, ou de l’exclusion, du chômage et de la pauvreté.

Tout cela suppose aussi de développer l’association, pour sécuriser ses ressources, de façon notamment à pouvoir rémunérer notre secrétaire administrative, Marie Charlotte Bourgeois, qui est un point d’appui important pour ce développement, et surtout élargir notre cercle à de nouvelles compétences, avec un objectif d’augmentation mais aussi de diversification des membres adhérents, que ce soit en termes de sensibilités, religieuses et spirituelles, de genre ou d’âge.

C’est une condition pour que nous puissions, dans une démarche globale, une praxis qui combine réflexion, cheminement personnel, et action concrète, explorer les différents thèmes que nous avons mis, ou que nous mettrons, à l’ordre du jour.

J’ai la conviction que le caractère prophétique de la proposition de D&S peut attirer plus de monde, et apporter ainsi sa pierre à la solution des multiples crises auxquelles nous avons à faire face, d’autant plus dans ces temps incertains. Comme je l’ai écrit à l’occasion des vœux « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ».

Daniel Lenoir

 

 

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