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La religion n’existe pas (à propos du livre éponyme de Nathalie Heinich)

Ceci n’est pas un pamphlet mécréant : « La religion n’existe pas » de Nathalie Heinich  n’est pas un livre contre la religion, ni même contre les religions, mais une réflexion sur la sociologie des religions. La thèse est simple et clairement et pédagogiquement exposée : contrairement à ce que voulait faire Durkheim qui s’était essayé à une définition dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (« un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées […] qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent » dont on voit bien qu’elle est inopérante car calquée sur la religion chrétienne), la notion de religion, ou même de religieux n’est pas un concept sociologique. Ce qui existe, pour le sociologue, ce n’est pas la religion, ce sont des configurations religieuses, particulières, historiques, qui remplissent un certain nombre de fonctions dont les religions n’ont pas le monopole et qui peuvent aussi être remplies par d’autres configurations, non religieuses elles.

Cela évite ce phénomène d’extension infinie du domaine du religieux auquel on a pu assister : extension au sport, à l’art, et notamment aux arts populaires, à la chanson et à ses idoles, au cinéma et à ses stars, à la politique, à la patrie, etc…  Car tous ces champs peuvent être propices à développer des rites, du sacré, des cultes, du sacrifice, à nourrir des formes de prophétisme, d’eschatologie, de consolation, à aider à faire communauté ou à faire mémoire, à alimenter des fictions, une esthétique, une éthique, à faire émerger des personnages charismatiques, à légitimer des institutions et des hiérarchies, à susciter des vocations,  etc… pour reprendre certaines des vingt-trois fonctions remplies par les religions identifiées par l’auteure.

Même la fonction mystique, qu’on pourrait aussi appeler la dimension spirituelle, n’est pas spécifique des religions. A tel point que certains auteurs ont pu parler de « mystique sauvage », proche du « sentiment océanique » évoqué par Romain Rolland ou même considérer que le mysticisme était « par nature athée ». On ne peut s’empêcher de penser à la mystique républicaine chère à Péguy.

Une approche qui, au moment où l’on ne cesse de répéter la citation apocryphe de Malraux « Le XXIᵉ siècle sera religieux ou ne sera pas », permet de remettre la religion, ou plus exactement les religions, à leur place.

Croulebarbe, le 31 mai 2026

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