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Laïcité j’écris ton nom (suite, 7) : contre les islamistes, et contre les islamophobes.

Les attentats de l’Aude ont montré qu’on n’était loin d’être sorti de la crise djihadiste. La récente enquête d’Anne Muxel et d’Olivier Galland montre à quel point l’islamisme, car il faut bien appeler cette idéologie rétrograde et antirépublicaine par son nom, a fait des dégâts, notamment chez les jeunes, et qu’on ne peut pas ramener la tentation radicale à la seule réaction contre les discriminations.

On voit bien aussi dans les réactions et les critiques, que derrière les reproches méthodologiques d’ailleurs largement infondés, la tentation est grande pour certains de vouloir continuer à nier l’évidence pour justifier ce qui s’apparente encore trop  souvent de la part de trop de responsables à une « politique de l’autruche ». Au contraire, les deux auteurs ont le mérite de déplacer le lampadaire, pour éclairer mieux un phénomène qui doit nous interpeler, au sens le plus fort de ce terme.  

Face à ce danger, je suis convaincu que la relance nécessaire de la dynamique de promotion de la laïcité ne suffira pas : comme je l’ai indiqué récemment ici, la laïcité est un rempart juridique, absolument nécessaire pour contenir la menace islamiste, mais totalement insuffisante pour lutter contre cette dérive de l’islam que constitue l’islamisme, et qui est le terreau sur lequel pousse le djihadisme, comme d’ailleurs son symétrique raciste qu’est la soit disant islamophobie. La bataille idéologique doit être conduite contre les uns et les autres, car ils se renforcent mutuellement. L’islam, comme les autres religions, et dès lors qu’elles en respectent les lois, a droit de cité au sein de la République. 

 

Laïcité j’écris ton nom (suite, 7)

Contre les islamistes, et contre les islamophobes

Réaffirmer l’exigence républicaine de laïcité
Les attentats qu’a connus notre pays depuis 2012 ont conduit, à partir de 2015, à remettre en valeur le régime de laïcité qui est, comme le rappelle l’article 1er de la Constitution, l’un des fondements juridiques de la République. La laïcité n’est pas une opinion : c’est un régime juridique, un rempart face aux tentatives de toute religion ou toute opinion d’imposer, par des moyens autres que démocratiques, sa loi à l’ensemble des citoyens, ce que cherchent à faire les djihadistes avec le terrorisme ; c’est aussi, et tout autant, une protection de la liberté, y compris pour les musulmans de France, de croire, ou de ne pas croire, et donc de pratiquer la religion de son choix dès lors qu’elle ne trouble pas l’ordre public. La laïcité doit nous protéger tout autant de l’islamisme, cette conception totalitaire de l’islam, que de l’islamophobie, ce racisme qui cherche à taire son nom.
Il faut que soit affirmée plus fortement cette exigence de respect de la laïcité. Et d’abord, par toutes les institutions publiques et celles et ceux qui sont à leur service, qui doivent s’astreindre à un strict respect de la neutralité à l’égard des religions et opinions quelles qu’elles soient : depuis 1905 la République s’interdit tout acte favorisant une religion plutôt qu’une autre. Mais aussi par toutes les religions et les organisations qui les représentent qui doivent s’astreindre à développer des conceptions compatibles avec les principes de la laïcité. Comme aussi par toutes les structures représentant la société civile, qui doivent s’astreindre, et ce quelles que soient leurs références, à développer des activités compatibles avec les principes de la laïcité. Et surtout par tous les citoyens, et par tous ceux qui se trouvent accueillis sur les territoires de la République, qui doivent s’astreindre à une pratique de leur religion ou conviction respectueuse des principes de la laïcité, et donc de l’autre.

Contre l’islamisme et contre l’islamophobie
La laïcité est un rempart, mais elle ne suffira pas, à elle seule, à venir à bout de la crise djihadiste. Celle-ci trouve sa source, certes dans les fractures de la société française, mais aussi dans le développement de l’islamisme, cette forme d’islam politique qui veut soumettre l’ensemble de la société à ses lois. Heureusement, la grande majorité des musulmans de France n’adhèrent pas à cette conception de leur religion. Mais ce serait se voiler la face que de ne pas voir les dégâts qu’ont fait dans les esprits les thèses islamistes, qui conduisent aujourd’hui certains jeunes français à mener le djihad contre leur pays, et à massacrer au hasard certains de leurs concitoyens. Accréditant au passage cette soit disant peur de l’islam qui sous le nom d’islamophobie donne de nouvelles couleurs au racisme. Pour l’instant la communauté nationale ne s’est pas déchirée comme le rêvaient les stratèges de Daesh, mais les deux poisons de l’islamisme et de l’islamophobie s’alimentent l’un l’autre et poursuivent leur lent travail d’intoxication de la société française. Il devient urgent de lutter plus clairement et plus nettement contre l’un comme contre l’autre.
La République ne peut interdire les opinions, elle peut juste encadrer leur expression, et donc interdire celle de certaines d’entre elles. Et elle doit le faire, pour l’islamisme, comme elle l’a déjà fait pour le racisme ou l’antisémitisme. Mais la diffusion de ces opinions délétères échappe pour partie à la loi. Il faut donc se battre sur le même terrain : celui de l’idéologie, et non plus seulement celui du droit, en affirmant plus clairement et plus fortement que l’islamisme, comme les thèses racistes et islamophobes, sont contraires aux valeurs de la République. Il ne s’agit plus d’une question juridique, comme pour la laïcité, mais de valeurs. Celles qui ont été consacrées par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et qui ont été reprises dans la déclaration universelle des droits de l’homme. Celles qui ont été proclamées en 1944 par le Conseil national de la Résistance et qui ont été reprises dans le préambule de la constitution de 1946. Celles inscrites au fronton de nos édifices : la liberté, notamment la liberté d’opinion , l’égalité, notamment celle entre les femmes et les hommes, et la fraternité, qui est le ciment de la communauté nationale.
C’est au nom de ces valeurs qu’est mort le colonel Arnaud Bertrame, et avant lui, tant d’autres, et notamment, pour ne citer que ceux qui étaient chargés de protéger la République, le maréchal des logis chef Imad Ibn Ziaten, le caporal Abel Chenouf, et le soldat Mohamed Legouad, le commandant de police Jean-Baptiste Salvaing, le brigadier Franck Brinsolaro, les policières Clarissa Jean Philippe et Jessica Schneider, et le policier Ahmed Merabet.

 

Paris, le 22 avril 2018

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