Lu, vu, entendu

L’individualiste hyper-connecté

A propos de « L’individualiste hyper-connecté (Individualisme et technologies conduisent-ils au totalitarisme) » de Bruno Dufay

En fait, le livre de Bruno Dufay parle plus d’individualisme que de numérique. D’une certaine façon, pour lui, l’individualisme précède le numérique ; ce qui d’ailleurs n’est pas totalement faux du point de vue historique, si l’on se souvient que la révolution numérique a largement été impulsée par des libertariens californiens.

De l’individualisme, terme souvent considéré comme péjoratif, il a une vision ouverte, et il ne tombe pas dans le travers de n’en décrire que la face sombre. Et il rappelle, retrouvant l’intuition de Tocqueville, combien l’individualisme a partie liée avec la démocratie : « l’homo democraticus est individualiste ». Et, en même temps, prenant ses distances avec l’intérêt général, « l’individualisme ébranle la démocratie, la république et la vie politique ». De même pour la spiritualité : méfiant vis à vis des religions et de leur caractère holistique, les individualistes sont souvent séduits par la « spiritualité moderne, « à la carte » », car « il existe une proximité entre la quête de soi de l’individualiste et la recherche intérieure des mystiques ».

Mais quid du numérique dans tout ça. Bien sûr il renforce l’individualisme , et « les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) sont souvent accusées de la montée d’un individualisme débridé ». Mais « c’est une erreur car (si) un lien existe entre NTIC et individualisme (…), il n’est pas aussi direct qu’on peut le croire ». Ainsi « les individualistes que nous sommes adhérent pleinement aux technologies facilitant la communication. Nous publions, consultant et échangeons beaucoup d’informations« , mais avec « le risque de tomber dans la communication pour la communication », une sorte de divertissement pascalien, en quelque sorte, avec la même ambivalence.

Cet individualisme hyper-connecté prépare-t-il le totalitarisme, comme semble le suggérer le titre, et comme vient de de le prophétiser Gaspard Koenig, en annonçant « la fin de l’individu ». La conclusion de Bruno Dufay n’est pas aussi univoque : le risque existe, avec la passion pour l’égalité et la tyrannie de l’opinion et de la majorité, comme le craignait Tocqueville et après lui Hannah Arendt puis Chantal Delsol. Mais, pour « maitriser individuellement et collectivement notre individualisme, et avec lui, notre fascination pour l’égalité etnotre addiction aux technologies »   Bruno Dufay appelle à une forme de « démocratie spirituelle » pour « résoudre les tensions entre individuel et collectif et entre égalité et liberté », une sorte de retour du personnalisme, au sens d’Emmanuel Mounier, qui semble grandement inspirer, bien qu’il ne le cite qu’une fois, la démarche de Bruno Dufay.

Paris, les 17 et 29 septembre 2019

 

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