Sur le fil

Prévenir le risque suicidaire en agriculture

Depuis le 3 février, et à la demande d’Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, de Julien Denormandie, ministre de l’agriculture et de l’alimentation, et de Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État auprès de la ministre du travail et de l’emploi, chargé des retraites et de la santé au travail, je coordonne le plan de prévention du suicide en agriculture, ou plus exactement la feuille de route « Prévention du mal-être et accompagnement des agriculteurs en difficulté ». Depuis trois mois, je voulais faire un papier sur ce blogue, à la fois pour les remercier de m’avoir confié cette mission, et aussi expliquer pourquoi j’ai accepté avec enthousiasme ; mais les séquelles résiduelles de Covid long ont entamé mon énergie et j’ai sacrifié ce satisfecit personnel à des tâches plus urgentes liées à cette mission. Le retour que je leur ai fait de ce premier trimestre, avant de le communiquer à leurs éventuels successeurs, m’a conduit à revenir sur les raisons de ce choix.

Je voudrais d’abord, d’un point de vue très personnel, dire dans ce premier papier mon réel bonheur de consacrer ma dernière année comme fonctionnaire au service de la République à une mission opérationnelle, après quatre années à rédiger des rapports tous aussi passionnants les uns que les autres, mais qui sont aussi autant de bouteilles à la mer.

Bonheur aussi car cette mission me permet de renouer avec plusieurs fils de mon itinéraire personnel, professionnel, mais aussi intellectuel, et même militant.

C’est d’abord l’occasion de renouer avec l’agriculture et, mon métier d’origine d’agronome ; une agriculture qui a bien changé depuis cinquante ans ou presque où je la découvrais en intégrant, en septembre 1974, l’Institut national agronomique Paris-Grignon (INAPG devenu depuis Agro Paristech), où depuis quarante ans, quand je m’occupais de développement agricole à l’APCA, ou même depuis vingt ans, quand je quittais la direction générale de la Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole (CCMSA) que j’avais exercée pendant quatre ans auprès de Jeannette Gros.

C’est aussi l’occasion pour moi de revenir un autre de mes amours de jeunesse : la sociologie rurale. Depuis que Durkheim y a consacré sa thèse en 1893, le suicide a un rôle fondateur pour la sociologie générale, et comme révélateur des maladies de la société. Mes travaux, avec Jean-Pierre Prod’homme sur le développement agricole (auquel, à défaut d’y consacré la thèse que je n’a pas faite, j’ai consacré avec Marianne Cerf un « Que sais-je ? », primé par l’académie d’agriculture), et avec Jean Vincent sur la psychosociologie, m’ont mis en contact avec les travaux de Michèle Salmona, décédée il y a peu, et qui avait consacré à la question des souffrances des agriculteurs, une partie de sa thèse.

C’est aussi l’occasion de mettre en place une nouvelle politique publique et ce faisant, de contribuer à sa conception, comme je l’ai fait pendant plus de 25 ans dans les différents postes que j’ai occupés comme directeur général, notamment d’organisme chargés d’une mission de service publique. Car cette feuille de route constitue l’affirmation d’une politique publique consacrée aux conséquences psycho-sociale des transitions agricoles, ce que j’ai appelé « la troisième révolution agricole », comme, en son temps le fut, pour la deuxième révolution agricole, l’affirmation d’une politique publique d’accompagnement du progrès en agriculture, comme l’avait mis en évidence avec un grand talent dans « Le technocrate et le paysan », un des grands spécialistes des politiques publiques, Pierre Muller.

Paris, Croulebarbe, le 12 mai 2022.

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