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Débattre ou ne pas débattre …

Sous ce titre, Témoignage Chrétien du a repris, dans une version plus courte, mon papier publié ici : « Débattre ou ne pas débattre, telle est la question. ».

Selon un sondage Odoxa* paru le 17 janvier, deux Français sur trois (64 %) sont sceptiques sur l’utilité du grand débat national. Le dilemme parcourt la société française : faut-il ou non y participer ?

Débattre ou ne pas débattre …

On peut dire que c’est une manœuvre présidentielle pour occuper le terrain et étouffer les revendications « légitimes » des gilets jaunes et détourner l’attention des « vrais sujets ». On peut souligner que ni l’immigration, ni la laïcité n’ont jamais été évoquées sur les ronds-points, et qu’a contrario l’ISF, lui, est d’emblée exclu des débats. On peut douter de la sincérité de l’exécutif, de la possibilité d’extraire des débats des propositions opérationnelles qui alimenteront les politiques publiques, de notre capacité collective d’infléchir ces politiques et de celle des gouvernants de mettre en œuvre, dans une société complexe, les innombrables suggestions de cette gigantesque boîte à idées nationale.
Oui, tous ces doutes sont fondés, mais il sera quand même difficile à l’exécutif de ne pas tenir compte de ce qui se sera exprimé, sauf à renforcer une crise de confiance dont un récent sondage du Cevipof** a montré à quel point elle est profonde. De ce fait le dilemme « participer ou pas » trouve une solution assez évidente dans la figure du pari de Pascal (qui s’applique mieux à cette question qu’à celle de l’existence de Dieu) : il vaut mieux participer, car il est clair que, si l’on ne participe pas, on ne risque pas de faire entendre sa voix et on est certain d’être perdant, alors que, si l’on participe, on a une chance d’être entendu. La démonstration est faite : il faut participer. C’est ce qui conduit nombre de sceptiques, y compris les partis d’opposition républicains, à faire ce choix. Et c’est aussi pourquoi la rédaction de Témoignage chrétien appelle à la participation.
Pour quoi faire ? Pour qu’avec la diversité de ses expressions la voix du courant humaniste, démocrate, social, écologiste et progressiste soit plus forte que celles des courants populistes, identitaires, conservateurs ou libéraux. Si nous nous taisons, ces voix tonitruantes couvriront les nôtres et ce sont celles-là que l’exécutif entendra. Le mouvement des gilets jaunes nous lance un vrai défi : comment combiner une utilisation des réseaux sociaux et une utilisation des espaces physiques de discussion et de délibération citoyenne pour donner du poids à une parole collective.
Pour quoi dire ? Il ne s’agit pas ici de préempter l’expression de chacun et les conclusions du débat. Mais on peut, en revanche, en profiter pour lutter contre les dérives actuelles qu’illustrent certains aspects du mouvement des gilets jaunes.
La première dérive, c’est celle du mensonge, celui des fake news, infox en « bon français », mais aussi celui des faiseurs irresponsables de rêves impossibles : le dramatique exemple du Brexit restera dans l’histoire un cas d’école des effets du mensonge en politique. Dénonçons sans relâche tous ces « bobards », comme disait Marc Bloch, qui pervertissent le débat public. Comme, après celui du pacte de Marrakech, supposé organiser le grand remplacement, celui du traité franco-­allemand présumé donner à l’Allemagne l’Alsace et la Lorraine.
La deuxième dérive, c’est celle de la violence. Violence physique, bien sûr, qui a marqué les différents « Actes » des gilets jaunes depuis le 17 novembre, mais aussi violence verbale et psychologique, qui affecte trop souvent les débats publics au détriment de l’écoute et de l’échange des arguments. De ce point de vue, il faut saluer l’initiative prise par les organisateurs d’une « charte du débat » « fondée sur les principes de pluralisme, d’argumentation, de transparence et de laïcité » de façon à « protéger le débat et le rendre accessible à toute expression qui respecte les principes généraux de la démocratie ». Et il est sain que la question de la laïcité ait été mise à l’ordre du jour, car c’est elle qui nous permet de contenir la violence de l’affrontement des opinions, dont notre pays a tant souffert dans le passé.
La troisième dérive, c’est celle du racisme. On a reproché à Emmanuel Macron d’introduire la question de l’immigration dans le débat, alors que, dit-on, elle ne remontait pas des ronds-points et que c’est ouvrir la boîte de Pandore du racisme. Il n’est pas sûr qu’elle n’ait pas été présente sur les ronds-points ; elle l’était en tout cas dans les manifestations parisiennes et il ne sert à rien de vouloir la mettre sous le tapis tant elle est présente dans l’esprit de nos compatriotes. À nous de profiter de ce moment du débat pour adresser à nos concitoyens le beau message de Témoignage chrétien en 1941 : « France, prends garde de perdre ton âme ! »

Paris, le 24 janvier 2018

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