Sur le fil

Entre le 14 juillet et le 15 août (Laïcité, j’écris ton nom, 12)

Drôle de laïcité que la nôtre : sur onze jours fériés légaux la République en a retenu six qui sont d’origine catholique. Avec les cinq autres, on célèbre la Nation par le souvenir de deux victoires, le 11 novembre et le 8 mai, et le début d’une révolution, le 14 juillet, le 1er jour de l’année calendaire, et le mouvement d’émancipation des travailleurs, le 1er mai.

Plutôt que de débaptiser  des rues ou déboulonner des statues, dont certaines auraient certes plus leur place dans des musées, mais dont les ambiguïtés des personnages célébrés sont aussi celles de notre histoire, il serait plus positif de distinguer des dates qui, à l’image du premier mai, sont symboliques de l’aspiration citoyenne à l’émancipation. Plutôt que d’accorder des jours fériés aux autres religions présentes en France, avec le risque de renforcer leur dimension communautaire, il serait plus positif de transformer certains des jours d’origine religieuse qui n’ont plus guère de signification pour les « catholiques zombies » que sont devenus la majorité des français, par la célébration de ces aspirations qui peuvent aussi, pour les chrétiens, être considérées comme trouvant leurs sources dans le message évangélique.

Quel beau geste ce serait pour les catholiques de proposer de remplacer quatre jours fériés, dont deux ne sont pas des jours de célébration, les lundis de Pâque et de Pentecôte (qui a d’ailleurs failli disparaître), mais la concession faite par la troisième République naissante à une France rurale non motorisée pour lui permettre de revenir des pèlerinages de la veille, et dont deux, l’Ascension, et plus encore l’Assomption, sont moins au cœur de la foi chrétienne que ceux qui précédent les dits lundis, par des jours célébrant  de façon laïque et universelle des aspirations dans lesquelles peuvent se retrouver de nombreux courants philosophiques et spirituels, notamment le christianisme, dans ce qu’ils ont de meilleur et de commun. Aux jours laïques actuels, et au 1er novembre et à Noël, qui ont une signification particulière pour les chrétiens, mais dont l’origine celte et romaine permet à tous d’y trouver des racines, s’ajouteraient ainsi les jours suivants :

  • le 10 décembre, date en 1946 de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, largement inspirée -doit-on le rappeler- par la France, patrie des droits de l’homme et de René Cassin qui en fut un des principaux rédacteurs, qui pourrait être l’occasion de célébrer, avec les droits humains, les Nations Unies et le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », autrement dit la décolonisation.
  •  le 8 mars, journée retenue en 1977 par l’Onu pour célébrer « les droits des femmes et la paix internationale », et qui plonge ses racines dans le même terrain des luttes ouvrières que le 1er mai mais n’a toujours pas de statut officiel en France.
  •  le 27 avril, pour l’abolition de l’esclavage, grande oubliée des commémorations, même si elle est déjà célébrée, dans les outre-mer mais à des dates différentes du fait des délais d’application du décret Schoelcher du même jour de 1848, et en hommage à celui qui, quelque soient les compromis qui ont été nécessaires, a eu le courage de tirer les conséquences du principe de fraternité que la 2ème du nom avait souhaité ajouter à la devise de la République.
  • et le 9 mai, pour l’unité de l’Europe, ce qui pose certes un problème de contiguïté avec le 8 mai, mais qui en est justement « le jour d’après » en ce qu’il exprime, quels que soient les débats qu’on peut avoir sur sa construction, un projet de paix après cette guerre mondiale de trente ans commencée en août 14, et qui est aussi, comme la République, constitutive de notre identité nationale.

Paris, Croulebarbe, le 20 juillet 2020

 

Addendum

Après échange avec Jean-Baptiste de Foucauld, je modifie ma proposition pour le quatrième jour férié laïque : au lieu du 9 mai, qui pose un problème de contiguïté (et je crains que nous ne soyons pas mur pour translater la commémoration du jour de la victoire sur celle, le lendemain, d’un projet de paix en Europe), je propose de retenir :

  • le 16 mai, jour de la fraternité , journée internationale du vivre en semble en paix, votée à l’unanimité par l’AG des Nations unies à l’initiative d’une association soufie, AISSA.

Paris, Croulebarbe, le 23 juillet 2020

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