Démocratie & Spiritualité, Sur le fil

Notre maison brule

« L’habitabilité] vise à nous faire collectivement recouvrer la vue sur l’inhumanité fondamentale de fragiliser l’habitabilité pour la vie, donc pour nous. Elle vise à créer ainsi l’infrastructure normative indispensable à toute action efficace. » (Laurent Neyret, Baptiste Morizot Liberté, dignité, habitabilité : Donner au siècle la valeur qui lui manque )

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » avait prophétisé Jacques Chirac, alors président de la République, au sommet de la Terre de Johannesburg le 2 septembre 2002. Contredisant, vingt ans auparavant, le « Qui aurait pu prédire ? » de l’actuel président lors de ses vœux télévisés du 31 décembre 2022, formule malheureuse qui a servi de titre au livre de Marine Braud qu’avec les partenaires du Pacte civique nous avions invitée pour une soirée-débat sur la politique environnementale des quinquennats Macron. Même si l’on  aurait  aimé que le premier soit au moins autant prince que prophète, il faut bien constater que sa prédiction se réalise et pas seulement sous forme métaphorique avec des incendies de forêts qui atteignent désormais la partie nord de la France.

Cette canicule et son traitement médiatique est d’abord une illustration des limites de notre  débat politique, avec sa tendance à ramener les sujets complexes à des choix binaires : d’un côté les partisans d’un grand plan de climatisation au nom de l’adaptation, de l’autre ceux de la lutte contre le réchauffement au nom de l’atténuation. Sans parler, souvent dans le premier groupe, de ceux qui comme le président actuel des Etats Unis continuent à nier l’existence du réchauffement de la planète ou sa cause anthropique.

Bien sûr, il faut climatiser, notamment les lieux qui accueillent des publics fragiles (les écoles, les Ehpad, les hôpitaux notamment, sans oublier non plus les prisons, les centres de rétention administrative et autres lieu de confinement), et développer également, elles existent, les techniques alternatives à la climatisation. Il faut aussi repenser l’espace urbain et végétaliser les villes, et le tout climatisation risque au contraire d’accroître localement le problème. Prendre du paracétamol quand on a la fièvre est nécessaire pour faire baisser la température mais ne guérit pas la maladie et sa consommation excessive peut être létale.

Bien sûr il faut lutter contre le réchauffement climatique (et aussi, on a trop tendance à l’oublier, pour la préservation de la biodiversité) et nous sommes en retard au regard des objectifs fixés par un accord de Paris adopté pourtant il y a à peine plus de dix ans dans l’enthousiasme général. Mais cela ne nous permettra pas de revenir aux températures préindustrielles et il faudra aussi nous adapter à une planète plus chaude. Et ce d’autant plus que l’enjeu n’est peut-être plus, hélas, de ne pas dépasser le 1,5° de réchauffement, mais d’éviter les 4 ° voire un peu moins qui rendraient la Terre en partie inhabitable. Inhabitable par les humains que nous sommes, car il ne s’agit pas, comme on l’entend trop souvent, de sauver la planète, mais de sauver l’humanité de la disparition des conditions de son existence.

Cette valeur d’habitabilité, mise en évidence par les auteurs de la phrase mise en exergue de cet édito comme la valeur fondatrice des politiques de préservation de l’environnement -au même titre que la dignité permit, au sortir du deuxième conflit mondial, de « nommer ce qu’on ne doit jamais faire à un humain »- nous invite à considérer la planète comme un commun dont nous avons collectivement à prendre soin. Avant d’être un nouveau principe juridique et politique fondamental, elle plonge ses racines dans une éthique, une mystique, pour tout dire une spiritualité, cette éco spiritualité que nous avons essayé d’approcher dans « Dialoguer avec la Terre ».

 

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